Les caricatures
Le même regard.À une autre vitesse.
Un carnet demande une heure et le retour du vent. Une caricature demande trois minutes et un sourire qui passe. L'attention, elle, est exactement la même.

Regarder vite
Une caricature ne se dessine pas plus rapidement qu'un carnet. Elle demande simplement de décider plus tôt. Décider ce qu'on garde. Décider ce qu'on laisse.
Ce qui fait qu'un visage devient reconnaissable en trois traits, ce n'est pas la vitesse de la main. C'est la lenteur du regard qui l'a précédée.
Regarder juste
« Une caricature ratée, c'est une caricature qui a exagéré ce qui n'était pas essentiel. »
Un visage a rarement une seule vérité. Il en a plusieurs, et elles ne cohabitent pas toujours. La caricature juste n'invente rien : elle choisit celle qui, ce jour-là, ressemble le plus à la personne.
C'est la même exigence que celle d'un paysage breton dessiné à Conguel — sauf qu'ici, le paysage bouge, parle, rit, et repart avec la feuille.
Regarder avec bienveillance
La caricature peut blesser. C'est même souvent ce qu'on attend d'elle. Je préfère l'inverse : que la personne reparte avec le sentiment d'avoir été vue, et non moquée.
Cela ne veut pas dire adoucir. Cela veut dire regarder d'abord — vraiment — avant de choisir le trait. Le sourire qui s'installe à la fin est un accord, pas une concession.
Une caricature réussie fait rire deux fois : le voisin en premier, la personne elle-même quelques secondes après.
Où ce regard s'exerce
Le trait s'entraîne partout où des visages se rassemblent : mariages, anniversaires, fêtes de famille ; soirées d'entreprise, séminaires, départs à la retraite ; salons, inaugurations, événements publics. Il arrive aussi qu'une caricature soit demandée en atelier, à partir d'une photographie, pour être offerte.
Ce ne sont pas des contextes différents. Ce sont des occasions différentes du même geste.
Un carnet garde ce qui passe. Une peinture retient ce qui reste. Une caricature offre ce qui vient de naître.
Trois manières de regarder — un seul regard.